Abus : l’Église a-t-elle les moyens d’enquête ?

Rapportant le procès de la Famille Missionnaire de Notre Dame…
dont la première phase vient de se terminer le 23 janvier 2026, le journaliste de LA CROIX, Gonzague de Pontac mentionne les propos de Mgr Jean-Louis BALSA ancien évêque de Viviers sur lesquels il nous semble important de nous arrêter. Lisons d’abord son compte-rendu d’audience :
« Car cela fait trente ans que la FMND suscite l’inquiétude de l’Église, notamment des quatre derniers évêques de Viviers, dont l’un témoignait lors du procès. Mgr Jean-Louis Balsa, aujourd’hui archevêque d’Albi, a ainsi pu évoquer ses relations « très difficiles » avec la communauté, ou encore ce jour où il a dû « exfiltrer » un frère psychiquement très atteint, déclenchant l’ire du père Bernard.
Deux visages incompatibles
Pourquoi l’Église n’a-t-elle pas agi elle-même ? En 2019, une visite apostolique diligentée par Rome faisait état de « difficultés préoccupantes ». « Nous avons voulu avoir besoin d’un tiers », a expliqué Mgr Balsa à la barre, rappelant que l’Église, contrairement à la justice civile, « n’a pas les moyens de police et d’enquête. Mais l’Église prendra aussi une décision ». Pour la procureure de la République, c’est bien à l’Église et non à la justice de « trancher » la question de l’existence même de la FMND. »
Il nous semble que l’évêque se soit bien contredit dans ses propos en déclarant que l’Eglise n’a pas « les moyens de police et d’enquête » tout en rappelant la connaissance de trente ans de dysfonctionnements, et la possibilité qu’a utilisée l’Eglise de mener une visite canonique.
Si une visite canonique n’est pas un moyen d’enquête il faudra bien alors que Monseigneur Balsa nous explique ce que c’est.
Les plaintes de laïcs qui remontent à l’évêché ne sont-elles pas du même ordre que les signalements et courriers que reçoit régulièrement le procureur de la République ? Certes le formalisme du dépôt de plainte ou de l’interrogatoire de police ne fait pas partie des usages d’un siège épiscopal. Mais on voit bien que, lorsqu’il parle de l’Eglise, Mgr BALSA ne pense qu’à l’autorité religieuse. Si les évêques de Viviers qui se sont succédés depuis 30 ans avaient considéré que les laïcs du diocèse sont aussi l’Eglise, peut-être auraient-ils admis qu’ils peuvent prendre une décision sanctionnant la FMND sans attendre que la justice civile soit saisie par ces laïcs après qu’ils aient épuisé tous les moyens de recours internes.
L’Eglise est parfaitement capable de prendre des décisions
sans attendre d’être à la remorque de jugements pris par des magistrats du tribunal d’Instance. Pourquoi douter si longtemps du témoignage des familles et des victimes ? Pourquoi ne pas tenir compte des avertissements de la société civile via la Miviludes ? Pourquoi ne pas appliquer le principe de précaution ?
On vient d’ailleurs de le voir en Espagne avec les mesures drastiques décidées par l’Eglise envers la Communauté des Filles de l’Amour Miséricordieux (Hijas del Amor Misericordioso) qui connaissait, elle aussi des dysfonctionnements. On a pu noter parmi les décisions :
- La dissolution de l'équipe directrice,
- La nomination en remplacement d’un commissaire extraordinaire,
- L’expulsion de la supérieure générale,
- L’Interdiction d'admettre de nouvelles vocations et la mise à l’écart de la dirigeante décidée en accord avec le Vatican par l’archevêque de Madrid,
- Ce dernier, en même temps, a mis en place pour les victimes un dispositif « REPARA » dont le nom indique bien l’objectif.
Vérité au-delà des Pyrénées, erreur en deçà ?
Publié 07/02/2026