Communauté de l'Agneau
Quand des déviances s’installent dans une communauté …
il faut souvent le temps d’une génération avant que les autorités ecclésiales les reconnaissent, les nomment clairement et s’engagent dans une correction. À cet égard, la communauté de l’Agneau apparaît comme emblématique. [1]
Dès 2009, des interrogations relatives à cette communauté nous sont parvenues, mais sont restées sans suivi ni effet. Et voici que seize ans plus tard les mêmes questions ressurgissent, avec une résonnance nouvelle au vu des nombreux constats de dysfonctionnements de communautés nées à partir des années 70.
À l’origine de la Communauté de l’Agneau,
une sœur dominicaine prenant part à la mouvance charismatique, soeur Marie-Thierry devenue soeur Marie, autorisée par sa congrégation à partir à Vézelay pour un essais de vie de prière et d’accueil, en contact avec des laïcs en recherche.Une puis deux autres sœurs dominicaines sont venues former avec elle un noyau d’accueil. Encouragées à une fondation nouvelle lorsque quelques jeunes les ont rejointes, elles se sont alors détachées de leur congrégation.
Cet embryon de communauté a migré vers Chartres puis, en 1983, la communauté naissante (une douzaine de sœurs et trois frères) fut accueillie par le franciscain devenu évêque de Perpignan, Mgr Chabbert.
Celui-ci encouragea le mode de vie qui peu à peu se dessinait :
De larges plages de temps donné à la prière, et la mendicité du pain quotidien en frappant aux portes, retour à un aspect des origines des ordres dominicain et franciscain - occasion de mille rencontres et d’annonce de l’Evangile.
Tout en fondant des fraternités en France puis à l’étranger, la communauté grandissante établit en 1994 sa base à Plavilla dans l’Aude, près de Fanjeaux.
En 1996, alors que Christophe Schönborn, dominicain devenue archevêque de Vienne (Autriche), ami de jeunesse de la soeur Marie, accepta de prendre le relais de Mgr Chabbert en tant qu’évêque référant de la communauté, une petite fraternité fut fondée dans son diocèse, décrétée « maison mère » de la communauté, alors-même que sa base effective, la maison principale, lieu de rassemblement de direction, d’accueil des postulantes était et reste à Plavilla dans l’Aude (Diocèse de Carcassonne). Slalom ecclésial…

Image d'illustration
Parallèlement aux témoignages de bonheur vécu …
- Sur le mode enjôleur d’enrôlement de jeunes, poussé/e/s à interrompre ou renoncer à leurs études avec la formule récurrente «Quand c’est l’heure de Dieu, on ne résiste pas …» [2] ; Sur le manque de dialogue et de personnes de référence compétentes pour le discernement vocationnel ;
- Sur le leadership impérieux exercé par la soeur Marie, son contrôle permanent exercé sur tous les aspects de la vie de la communauté, sur chacune des sœurs au fil des années [3] ;
- Sur les « chapitres communautaires » consistant en grande partie en des monologues interminables par la soeur Marie en tant que fondatrice de la communauté, remodelant sans cesse son récit des débuts de la communauté, alignant les visions prophétiques de ce qu’elle est et sera, répétant que personne dans l’Eglise ne peut en comprendre le charisme ;
- Sur le leitmotiv prononcé par soeur Marie, définition du paradis qui ne pouvait convaincre tous les membres : « Le jour où tu te convertiras, tu n’auras plus aucune question ; je te confierai alors telle ou telle responsabilité. »
- Sur la quasi-absence de formation par l’étude. Comment en trouver le temps alors que le niveau de vertu communautaire semblait se mesurer par la longueur des liturgies (considérées comme lieu de formation), et au vu du temps requis par des conditions de pauvreté assez extrêmes ?
- Sur le fait que jamais les questions d’ordre philosophique ou théologique entendues en mission ne sont débattues et étudiées. Les demandes de sœurs en la matière restent sans réponse.
- La question posée à soeur Marie « St Dominique n’a-t-il envoyé ses premiers frères dans les universités ? » recevait comme réponse : « Du temps de St Dominique, le niveau des universités était comme celui d’une bonne catéchèse d’aujourd’hui » ( ! )
- "Retourner aux sources de l’ordre dominicain "est-il compatible avec le bannissement de tout débat ?
- Sur la nomination des responsables de fraternités. La communauté grandissant, la jeunesse attirant la jeunesse vers la vie proposée par la communauté, sœur Marie ne délégua de responsabilités qu’à des soeurs qui lui ont manifesté une parfaite soumission, considérées ensuite comme extensions de sa personne, des « courroies de transmission » de ses consignes. Sur le fait que sans aucune formation adéquate, ces sœurs parfois très jeunes cumulent en bien des cas les rôles de responsable de fraternité et accompagnatrice personnelle des sœurs, ayant mission de rapporter toute confidence à la sœur Marie et de se conformer en tous points à ses consignes, parfois contre consciences propres.
- Ceci, en toute ignorance de la distinction entre for interne et for externe.
- Alors que toute mission en partant demander son pain, occasion de tant de rencontres, se vivait au départ en duos « comme les apôtres », la sœur Marie décida un jour que ce serait désormais par trios pour les sœurs, « où l’on se censurait mutuellement. C’était une entité communautaire qui se déplaçait, non des individus », nous disait une témoin.
- Sur la façon d’utiliser les récits de mission pour convaincre de potentiels donateurs, les prêtres et les évêques.
- Sur les pressions exercées sur quiconque osait interroger sur ces points - pressions jusqu’à la maltraitance avec dénigrements publics, envois en exil et expulsion dans le plus grand dénuement ou fuite dans le plus grand désarroi pour bon nombre.
Lorsqu'un membre quittait la communauté, soeur Marie réunissait tous ceux qu’elle pouvait pour exposer avec insistance les failles du frère ou de la sœur concerné(e), jusqu'à ce que le nombre (89 départs recensés en 2026) la mène au silence. Il reste à réaliser que tel frère ou telle sœur avait juste disparu des fraternités.
A qui référer des manques perçus ?
Les jeunes membres de la communauté pensaient que celle-ci avait été reconnue comme membre de l’Ordre dominicain, ceux qui s’inquiétaient pensaient que les autorités de celui-ci finiraient par intervenir.La communauté a en fait été accueillie à la demande de sa fondatrice durant l’été 1983 comme membre de la « famille » dominicaine - sans lien structurel avec l’Ordre. Ceci par le frère Vincent de Couesnongle, maître de l’Ordre en fin de mandat qui, atteint par un début de maladie de dégénérescence cérébrale, fit malheureusement une totale impasse sur toute procédure dialogale. (Fait vécu par les premières sœurs, que déplore des frères dominicains.)
De la part des évêques aussi, des jeunes membres de la communauté et des parents attendaient une intervention, un secours. Ils ignoraient que le fait que la maison-mère soit établie à Vienne en Autriche empêchait l’intervention des évêques de France - en dépit des signalements qui leur parvenaient.
Mgr Schönborn, ami de la soeur Marie qui avait accepté d’être évêque référent, était loin et bien occupé par la gestion de son diocèse de Vienne, au point de ne pouvoir accomplir des visites canoniques de norme avant les professions de membres (erronément mentionnées sur les formulaires de profession).
Sr Marie pouvait mener sa barque en toute quiétude, avec une conception de l’obéissance prohibant toute saine distance à l’égard de ses propos, tout questionnement.
Tant qu’un membre n’est entré dans le moule qu’elle avait façonné, les délais avant professions sont prolongés jusqu'à l’irraisonnable.
Lorsqu'un évêque visitait la communauté, il était par ailleurs systématiquement accueilli par une « fête ». Condition idéale pour des échanges consistants et un discernement sérieux ?
Le système était donc bien verrouillé …
Il nous a fallu attendre l’année 2022 pour recevoir un nouveau témoignage confirmant les échos précédents et stigmatisant les dérives mises en place.Puis en 2023 quelques anciens membres de la Communauté, alertés par la superposition des récits de frères ou sœurs sortis en nombre (89 recensés en avril 2026), ont décidé de s’adresser à la Cellule de vigilance de la Conférence des évêques de France concernant les dérives sectaires. [4]
Enfin nous apprenions en mai 2025 qu’à la suite d’une enquête ecclésiale en bonne et due forme par des notaires et juristes, le TPCN (Tribunal Pénal Canonique National, catholique, érigé en France en 2022) avait décidé d’entamer un procès à l’égard de la fondatrice de la communauté, pour - entre autres - abus d’autorité.
Un tel procès sera-t-il chemin de vérité, porteur de lumière, de justice pour tous ?
Le corps communautaire, expurgé année après année de tout membre osant maintenir une force de pensée personnelle, trouvera-t-il les ressources pour ajuster son modus vivendi ?
L’avenir le dira.
Nous espérons que la lecture de cette reprise de témoignages encouragera les lecteurs ou lectrices potentiels à ouvrir les yeux, dans la confiance en leurs propres ressentis et réflexions.
Si vous avez des questions …
en tant que sœur ou frère en difficulté, famille, proche de la communauté, n’hésitez pas à écrire à l’adresse suivante, ouverte par quelques membres sortis de la communauté.
agneau.cte.questions@gmail.com
Voir aussi

« Je demandais seulement le droit de le penser »
Catherine, consacrée dans la communauté de l’Agneau durant plus de 30 ans, est filmée par la caméra bienveillante de son cousin François. On découvre sa vie et son cheminement depuis qu'elle est sortie de sa communauté. Elle reste fidèle à son engagement et nous en parle.
La Communauté de l'Agneau, sur Wikipédia
Nota bene
- Nous précisons d’autre part que cette communauté dénommée « l’Agneau » ne doit pas être confondue avec celle qui s’appelait « Lion de Juda et Agneau immolé » et est devenu « la Communauté des Béatitudes ».
- Elle ne doit pas non plus être confondue avec les « Petites sœurs disciples de l’Agneau » installées au Blanc dans l’Indre où elles accueillent des religieuses trisomiques.
Notes
Le CCED» prend au sérieux chaque demande, et étudie les suites à donner, en fonction de la situation, en lien avec les différents réseaux. Il est en lien étroit avec les autorités civiles et ecclésiales.
Mise à jour le 18/04/2026